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| Distr. GENERALE E/CN.4/1994/65 22 février 1994 FRANCAIS Original:ANGLAIS/FRANCAIS |
MISE EN OEUVRE DU PROGRAMME D'ACTION POUR LA TROISIEME DECENNIE DE LA LUTTE CONTRE LE RACISME ET LA DISCRIMINATION RACIALE Rapport de l'UNESCO sur la mise en oeuvre du projet spécial relatif à la contribution de l'UNESCO à l'édification d'une société non raciale et libérée de l'apartheid en Afrique du Sud RAPPORT SUR LA LUTTE CONTRE LA DISCRIMINATION RACIALE, PARTICULIEREMENT EN AFRIQUE AUSTRALE, DANS LES DOMAINES DE COMPETENCE DE L'UNESCO (1992-1993) ETABLI CONFORMEMENT A LA RESOLUTION 1588 (L) DU CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL ET A LA RESOLUTION 2785 (XXVI) DE L'ASSEMBLEE GENERALE Mise en oeuvre du projet spécial relatif à la contribution de l'UNESCO à l'édification d'une société non raciale et libérée de l'apartheid en Afrique du Sud |
1. L'UNESCO a été l'une des premières institutions des Nations Unies à apporter une aide concrète à la lutte contre l'apartheid, particulièrement dans les domaines de l'éducation et des sciences sociales. Depuis la libération de Nelson Mandela en février 1990 et l'abolition officielle de la législation d'apartheid en 1992, le Gouvernement et les mouvements démocratiques sud-africains ont entrepris des négociations pour définir et établir les cadres institutionnels nécessaires à l'édification d'une société non raciale, démocratique et unie.
2. C'est dans cette perspective que s'est inscrite l'action de l'UNESCO, laquelle s'est efforcée, conformément à son programme et budget pour 1992-1993, de mettre en oeuvre, dans le cadre du champ majeur de programme VII : contribution de l'UNESCO à la paix, aux droits de l'homme et à l'élimination de toutes les formes de discrimination, et plus particulièrement du programme VII.2 : droits de l'homme et contribution à l'élimination de l'apartheid et de toutes les autres formes de discrimination, un programme original intitulé projet spécial : contribution à l'élimination de l'apartheid : vers un monde libéré de l'apartheid, qui a été adopté par la Conférence générale à sa vingt-sixième session en 1992. Son objectif est l'édification d'une société démocratique, égalitaire et non raciale.
3. Compte tenu de l'évolution de la situation en Afrique du Sud et du poids de cet Etat non seulement en Afrique australe, mais dans toute l'Afrique, voire dans le monde, le Directeur général de l'UNESCO a désigné, au siège de l'Organisation à Paris, un fonctionnaire au niveau de directeur du projet spécial susmentionné pour coordonner l'action de différents secteurs de l'Organisation en faveur de l'Afrique du Sud. Le Directeur général a décidé, par ailleurs, en accord avec le Secrétaire général de l'ONU, de transférer ultérieurement en Afrique du Sud, un fonctionnaire dans le cadre de la représentation sur place de l'ONU, pour y mettre en oeuvre l'action de l'UNESCO.
4. En 1992, l'UNESCO a publié une brochure résultant d'un Atelier sur les questions relatives aux droits de l'homme dans une Afrique du Sud libérée de l'apartheid qui s'est tenu à Banjul (Gambie), du 18 au 21 juin 1991, et qui était organisé en collaboration avec la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples.
5. Un numéro spécial du Courrier de l'UNESCO de février 1992 a été consacré à l'apartheid. Ce numéro est intitulé : "Apartheid, le commencement de la fin". On notera que le Courrier de l'UNESCO est un mensuel diffusé en 36 langues et qu'il a contribué de façon incontestable à l'information sur les droits de l'homme et à la lutte contre le racisme, la discrimination raciale et le régime de l'apartheid.
6. L'UNESCO contribue à l'effort que fait l'ONU pour recenser les domaines d'assistance internationale prioritaires en Afrique du Sud pendant la période de transition vers une démocratie qui ne soit pas fondée sur des préjugés raciaux, et au-delà. Elle a participé au Séminaire des Nations Unies sur les problèmes socio-économiques de l'Afrique du Sud et sur la manière dont le système des Nations Unies peut contribuer à les résoudre dans l'avenir, organisé du 22 au 24 mai 1992 par le Comité spécial des Nations Unies et le Centre des Nations Unies contre l'apartheid. Dans le document de référence présenté à ce séminaire, intitulé "UNESCO's activities and Prospects for Future Assistance Aimed at the Building of an Apartheid-Free Society, with Focus on Education, Training and Poverty Alleviation" (Activités de l'UNESCO et perspectives d'assistance en vue d'édifier une société libérée de l'apartheid, mettant l'accent sur l'éducation, la formation et l'atténuation de la pauvreté), il est fait état de différents domaines dans lesquels l'UNESCO est disposée, si on le lui demande et en coopération avec les autres organisations internationales compétentes, à prêter son concours, en vue notamment d'une mise à plat de la politique d'éducation nationale, à aider à former aux droits de l'homme les membres des professions qui assument des responsabilités particulières ou ont besoin de se familiariser avec les normes et pratiques dans ce domaine, à aider les universités noires en matière d'enseignement et de recherche, à contribuer à la formation des médias, à coopérer à l'analyse des problèmes des jeunes et à l'élaboration d'une politique de la jeunesse, à donner des conseils et à assurer une formation pour ce qui touche la discrimination de caractère sexuel, etc.
7. Un Atelier international sur les politiques culturelles et éducatives dans une Afrique du Sud libérée de l'apartheid a été organisé en Côte d'Ivoire, du 16 au 19 juin 1992, avec la collaboration de la Commission ivoirienne pour l'UNESCO. Cet atelier, qui a réuni une trentaine de participants et d'observateurs - pour la plupart d'institutions du système des Nations Unies, d'organisations intergouvernementales et d'ONG, avait pour objectif d'étudier différentes stratégies susceptibles d'être utilisées pour l'élaboration de programmes culturels et l'information d'une société libérée de l'apartheid.
8. Une importante table ronde sur l'indépendance et le pluralisme des médias en Afrique du Sud à laquelle l'UNESCO a participé activement a été organisée à Windhoek (Namibie) du 14 au 17 août 1992, pour faciliter la réflexion et la planification des moyens de restructurer la politique de communication et les institutions liées aux médias pendant la période de transition et au-delà, afin de permettre le pluralisme, la liberté d'expression et la croissance de la démocratie. Les participants sud-africains appartenaient à des organismes tels que la Campagne pour des médias ouverts, l'Union sud-africaine des journalistes, l'Association des employés des médias d'Afrique du Sud et la Conférence des rédacteurs de journaux indépendants; d'autres participants venaient d'Angola, du Bostwana, du Malawi et du Mozambique. Le Séminaire s'est penché sur la structure des médias sud-africains et sur le développement d'une presse différente, a demandé l'abrogation des textes de lois discriminatoires limitant la liberté d'expression qui demeuraient en vigueur, a examiné différentes options et stratégies politiques de promotion de la presse, de la radio et de la télévision qui pourraient répondre aux besoins de tous les secteurs de la population en zone rurale comme en zone urbaine et faciliter la représentation et l'expression de tous les intérêts. Il a examiné les besoins concrets de formation et les possibilités de formation dont la population majoritaire en Afrique du Sud pourrait bénéficier dans ce domaine. Le Séminaire, qui a reçu une aide de l'Office suédois de développement international et du Friedrich-Ebert Stiftung, a été précédé d'une réunion sur la mise en place d'un secrétariat pour l'Institut des médias d'Afrique australe, lequel vient de voir le jour.
9. L'UNESCO a participé à une conférence sur l'aide à l'éducation des Sud-Africains défavorisés, organisée par le Programme d'enseignement et de formation des Nations Unies pour l'Afrique australe (septembre 1992, New York). Cette conférence faisait suite à celle qui s'était tenue à Paris en 1991 et qui avait été coparrainée par l'UNESCO. La Conférence, à laquelle participaient plus de 90 personnes, dont des pédagogues sud-africains, a repéré les mécanismes propres à assurer la coordination des programmes bilatéraux et multilatéraux d'aide à l'éducation et des études touchant notamment les rapports entre l'éducation, la formation et l'emploi. Même si, de l'avis général, ce sont les Sud-Africains eux-mêmes qui devraient s'attaquer à la crise de l'éducation en Afrique du Sud, les participants sont parvenus à la conclusion que les organismes des Nations Unies pourraient, à titre de mesure intérimaire, assurer une assistance technique dans des domaines prioritaires prédéterminés, tels que la dotation des universités noires et l'assistance financière aux étudiants.
10. L'UNESCO a participé au Colloque organisé par l'Institut d'études politiques de Bordeaux et la Maison des sciences de l'homme sur le thème : Ethnicité et pouvoir en Afrique du Sud (12-13 novembre 1992). Sa contribution s'est concentrée sur l'Atelier : L'Afrique du Sud face à l'ethnie.
11. L'UNESCO a également pris une part active aux consultations du Comité spécial contre l'apartheid avec les organisations non gouvernementales et du Centre des Nations Unies contre l'apartheid avec les autres institutions du système des Nations Unies. Ces consultations ont eu lieu à Genève du 29 novembre au 2 décembre 1992.
12. L'UNESCO a participé à la Réunion de consultation des organisations non gouvernementales anti-apartheid et des institutions du système des Nations Unies du 30 novembre au 2 décembre 1992 à Genève.
13 L'UNESCO a mis en place une banque de données et un réseau de suivi d'informations sur la situation en Afrique du Sud et en Afrique australe qui a pour objectif principal de permettre aux décideurs politiques et autres acteurs (particuliers et institutions) concernés par la situation qui prévaut dans la sous-région d'accéder, dans les domaines de compétence de l'UNESCO, à une meilleure information pouvant les aider à mieux préparer l'avènement de l'ère post-apartheid.
14. Afin de contribuer à la réflexion sur les besoins d'une société post-apartheid, une réunion d'experts sur le rôle des religions et institutions religieuses dans le démantèlement de l'apartheid a été organisée par l'UNESCO en coopération avec le Conseil oecuménique des Eglises à Genève, du 23 au 25 novembre 1991. Les conclusions de cette conférence ont été publiées en 1993.
15. L'ouvrage intitulé "Plus haut que l'espoir, une biographie de Nelson Mandela" a été publié en 1993 par les éditions Présence africaine, avec le concours financier de l'UNESCO.
16. Grâce à l'assistance financière de l'UNESCO, le Centre d'études sociales et de développement de l'Université de Natal, à Durban (Afrique du Sud), a effectué en 1993 une étude pour évaluer et analyser l'état de l'information sur la portée de la recherche et les différentes méthodes utilisées pour expliquer l'ethnicité et le fait d'avoir conscience de son identité, ainsi que leur influence sur l'édification d'une nouvelle société démocratique.
17. Le Séminaire de l'UNESCO sur la planification, la conception et la mise en oeuvre d'un programme de formation à l'alphabétisation destiné aux jeunes Sud-Africains des banlieues s'est tenu à Gaberone (Bostwana), du 15 au 26 mars 1993. De nombreux experts, éducateurs, représentants des communautés religieuses et d'ONG, tous Sud-Africains, y ont pris part aux côtés des représentants de l'Association africaine pour l'alphabétisation et l'éducation des adultes (AALAEA) et de la Faculté d'éducation permanente de l'Université du Bostswana. Des étudiants de l'Université du Botswana ont également participé aux travaux certains jours. Les participants ont unanimement approuvé cet atelier de formation qui avait pour but de leur permettre de concevoir, planifier et exécuter un programme d'encadrement en éducation non formelle pour des adultes dans le cadre de la lutte contre la violence en zone urbaine.
18. L'UNESCO a participé activement à la Conférence sur l'ethnicité, l'identité et le nationalisme en Afrique du Sud : Perspectives comparatives, tenue à Grahamstown, du 20 au 24 avril 1993. Plusieurs centaines de participants venus de diverses universités, ONG, fondations, missions diplomatiques accréditées en Afrique du Sud étaient présents. Plus d'une soixantaine de communications ont été présentées à six séances plénières et dans 15 commissions. La présidence de la Commission sur le nationalisme et l'identité locale a été confiée au représentant de l'UNESCO. Sa contribution a consisté surtout à situer l'action de l'Organisation dans le contexte de l'édification d'une nation sud-africaine à partir de la réalité de sociétés multi-ethniques. Les participants ont lancé un appel aux organisations telles que l'UNESCO, les Nations Unies, l'OUA, le Commonwealth et la CEE pour la protection des minorités, la promotion des langues, la pratique libre des croyances pour que chaque Sud-Africain retrouve et vive son identité.
19. L'UNESCO a participé à la Conférence sur la culture et le développement, qui s'est tenue à Johannesburg, du 25 avril au 2 mai 1993, sur l'invitation de l'African National Congress (ANC). Les participants, qui comprenaient des intellectuels, des artistes, des représentants de l'administration des arts et des spectacles, des représentants de toutes les sensibilités politiques, dont les mouvements de libération nationale reconnus par l'OUA, des représentants d'Etat, etc., ont mis l'accent sur la nécessité de mettre en place un ministère de la culture ainsi qu'une commission nationale autonome dirigée par un exécutif composé de personnalités reconnues pour leur intérêt pour la culture, commission qui veillerait au financement des activités en même temps qu'elle serait co-responsable de la politique culturelle du pays.
20. On citera sur ce point les trois missions suivantes : la première visait à rencontrer les organisations non gouvernementales les plus représentatives, les institutions religieuses, l'ANC, pour identifier les partenaires sociaux en vue d'exécuter des activités civiles dans le cadre de la préparation des élections et de l'éducation des électeurs. La deuxième devait permettre de rencontrer le Recteur de l'Université de Fort Hare et le Directeur du Centre des études pour la culture en vue de débattre d'un projet de musée national de la résistance évalué à plus d'un million de dollars et qui serait financé par le PNUD. La troisième mission visait, d'une part, à recueillir des informations et des statistiques pour l'élaboration d'un projet de politique linguistique dans le cadre des accords de Kempton Park qui reconnaissent trois langues officielles en Afrique du Sud et, d'autre part, à envisager l'édition et la publication des actes de la Conférence sur la culture et le développement (voir par. 19).
21. Notons enfin qu'en 1992-1993, l'Unesco a continué d'apporter, dans le domaine de l'éducation, une aide aux mouvements de libération nationale reconnus par l'OUA en collaboration avec le PNUD, le Comité spécial des Nations Unies contre l'apartheid et le Comité consultatif du Programme d'enseignement et de formation des Nations Unies pour l'Afrique australe, dans le cadre de projets mis en oeuvre en collaboration avec l'ANC et le Pan-Africanist Congress (PAC). Cette assistance visait à assurer l'éducation de plus de 350 étudiants dans des établissements d'enseignement postsecondaire et professionnel et de plus de 550 élèves d'écoles primaires et secondaires.
22. Dans le domaine de l'éducation, l'UNESCO se propose d'envoyer une équipe formée de spécialistes en financement, planification et économie de l'éducation, dont les conseils seront précieux aux négociateurs du "National Educational and Technical Forum", pendant la transition. Les responsables du Programme spécial BRX/SAF réfléchissent déjà, en collaboration avec le secteur de l'éducation, à l'établissement d'un programme ad hoc de formation de ces spécialistes; des consultations seront aussi menées auprès de l'IIPE à cet effet. Le DIR BRX/SAF a également entrepris une mission à Londres pour rencontrer les représentants du système des Nations Unies dans le cadre des préparatifs de la Conférence des bailleurs de fonds en Afrique du Sud, qui aura lieu du 22 au 30 juin, particulièrement dans le domaine de l'éducation où l'UNESCO a été désignée comme organisme responsable.
23. Dans le domaine de la culture, l'UNESCO a non seulement envoyé une délégation à la Conférence sur la culture et le développement organisée par l'ANC, mais elle est étroitement assoicée au suivi de cette Conférence. L'UNESCO est à l'origine de la création de deux chaires à l'Université de Durban-Westville via ED/HE : une en ingénierie (c'est la seule université noire qui possède une faculté en ingénierie dans toute l'Afrique du Sud) et une en culture de la paix. C'est, à notre avis, la première chaire de l'UNESCO en culture de la paix au monde; c'est d'autant plus remarquable que l'Afrique du Sud n'est pas encore membre de l'UNESCO. Un contrat a été signé avec le Centre culturel Mayibuye du Cap pour la publication (en Afrique du Sud) et la distribution du rapport final de la Conférence nationale sur le développement de la culture, qui s'est tenue à Johannesburg en mai 1993, parrainée par l'ANC, et à laquelle l'UNESCO a pris part. BRX/SAF a mis en route un rapport préliminaire concernant le "Museum of People", historique à l'Université de Fort Hare, établi par le spécialiste du programme de CLT, et financé par lui, après une mission en novembre 1993 faite à l'initiative du BRX/SAF à la suite de requêtes en provenance de cette université noire et des autorités de l'ANC. Un budget de 1 138 000 dollars a été soumis au PNUD pour l'exécution de ce projet de musée intégré qui apportera une contribution fondamentale à la remise à l'honneur de la mémoire culturelle de la population noire d'Afrique du Sud et de sa lutte contre l'apartheid. Le Programme spécial a également envoyé une mission préparatoire en Afrique du Sud pour collecter des données statistiques en vue de l'élaboration d'un projet sur la politique linguistique.